EDF et ENEDIS (ex-ERDF) ont décidé de remplacer les compteurs électriques existants dans nos foyers par des compteurs dits « communicants » : les fameux compteurs LINKY.

Ces nouveaux compteurs enverront ainsi plusieurs dizaines de fois par jour (toutes les demi-heures) vos données personnelles de consommation à votre fournisseur.

Le but affiché par EDF et ENEDIS, dans ces opérations de remplacement, est de vous faire réaliser des économies, puisque selon eux vous ne paierez plus que votre consommation exacte, et non plus un estimatif. Et que vous-même, en ayant accès à des données, puissiez modifier vos habitudes de consommation pour les adapter en conséquence.

Voilà pour la version officielle.

ENEDIS est chargée de la dépose des anciens compteurs et de la pose de nouveaux. L’entreprise avance à marche forcée afin de réaliser 100% de remplacement d’ici à 2021, en s’appuyant sur deux directives européennes, l’une de 2006, l’autre de 2009, ayant pour but d’unifier le mode de collecte de la dépense d’énergie des consommateurs.

Sauf qu’il ne s’agit là que de directives, qui ne revêtent pas de caractères obligatoires, et que ces directives parient sur le volontariat des foyers européens.

 

Côtés financiers

Alors pourquoi un tel empressement notamment chez ENEDIS à vouloir à tout prix remplacer tous les compteurs sans solliciter votre accord préalable?

Ce serait avant tout pour une question de sous.

Il y aurait au total 35 millions de compteurs à remplacer, pour un coût total de 5,39 milliards d’euros. Même pour une société comme ENEDIS, l’investissement est énorme, et il faudra bien le répercuter à un moment ou à un autre sur le consommateur.

Ce qui pourra être le cas à partir de 2021, puisque d’ici-là les opérateurs ont l’obligation de ne pas augmenter leurs tarifs, le temps du déploiement du LINKY.

Saisie du dossier, la Cour des comptes estime que le programme de modernisation des compteurs électriques est un «dispositif coûteux pour le consommateur, mais avantageux pour Enedis».

En effet, un pourcentage de votre consommation collectée par votre fournisseur servira alors à rembourser la pose des LINKY à ENEDIS, et la Cour des comptes estime à terme à 500 millions le bénéfice pour ENEDIS, soit un taux de rentabilité de plus de 9% sur la somme investie !

Sans compter sur les bénéfices qu’en tireront aussi les fournisseurs : plus besoin de payer des agents pour relever les compteurs, curieuse façon de lutter contre le chômage ! Et qu’est-ce qui nous garantit que les pics de consommation ne seront pas surtaxés lorsque votre fournisseur aura accès à la demi-heure près à votre consommation exacte ?

 

Côtés protection de la vie privée

Ensuite se pose la question de la confidentialité des données collectées et du consentement des consommateurs à leur utilisation : au mois de mars dernier, Direct Energie, un fournisseur, a été ainsi mise en demeure par la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) d’obtenir un consentement écrit et éclairé des consommateurs afin de pouvoir (ou non) exploiter commercialement les données recueillies. Et, grâce au suivi effectué par LINKY, ENEDIS pourra espionner vos habitudes de consommation et exploiter ces données.

 

Côtés dangers potentiels

Les données de LINKY vont transiter par Courant Porteur en Ligne (en abrégé CPL), c'est-à-dire par le réseau électrique de votre habitation.

Or les câbles électriques classiques sont conçus pour des fréquences de 50 Hertz, et la technologie CPL transmet des données par radiofréquence de 63 à 95 Hertz, ce qui pourrait entraîner des risques d’incendie, de pannes d’appareils électriques ou de domotique, que déclarent avoir déjà recensés certaines associations comme Robin des Toits ou Next Up.

De plus, selon l’âge de la maison, les câbles peuvent être fissurés et multiplier les possibilités de fuite de ces ondes dans la maison.

Les radiofréquences émises par CPL sont classées « potentiellement cancérigènes » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Si ces émissions seules sont 3 fois moindres que celles d’un écran de télévision, dans une habitation elles nous soumettent à une exposition permanente par circulation dans toute l’installation électrique du sol au plafond.

S’ajoute à cela l’effet cocktail de l’exposition en même temps à un ensemble d’ondes : télévision, portable, domotique, Wifi …

En l’absence d’études sérieuses sur les conséquences à moyen et long terme pour l’homme surtout pour les porteurs de défibrillateurs cardiaques (pacemakers) et les personnes électrosensibles (3 à 7% de la population selon l’ANSES), il est indispensable que l’Etat fasse la lumière sur ces questions sécuritaires et sanitaires par un organisme indépendant pour respecter le principe de précaution.

 

 

Qu’en est-il pour Marseillan ?

Selon le site d’ENEDIS, le déploiement des compteurs LINKY a commencé sur Marseillan. 90 auraient déjà été posés, le reste étant prévu entre décembre 2018 et décembre 2021.

http://commune.app-linky.fr/index.html

 

Neuf communes dans le département de l’Hérault ont émis une opposition sur leur territoire : Brissac, Castelnau de Guers, Cazouls les Béziers, le Bosc, Les Aires, Lieuran Cabrières, Plaissan, St Pons de Thomières,  et Villeneuve les Béziers (source : https://www.poal.fr/appfree/liste-communes-refus-anti-linky-departement-34-herault.html).

Certaines de ces communes ont historiquement dans leurs compétences la distribution d’électricité, ce qui n’est pas le cas sur Marseillan, et leur permet d’intervenir directement. Ainsi Philippe Vidal, Maire de Cazouls, pour qui « La pose des Linky pose le problème de l’accès à tous aux énergies de base : n’importe quel opérateur pourra couper la fourniture d’électricité immédiatement en cas de facture impayée et sans sommation » (interview téléphonique réalisée par nos soins).

 

Il semblerait cependant qu’aucune commune n’ait gagné au tribunal contre ENEDIS, dans la mesure où selon la justice, les compteurs appartiennent à ENEDIS et non pas à la ville, et qu’ENEDIS a la faculté de changer tout matériel lui appartenant.

Néanmoins le tribunal de grande instance de Grenoble (Article du Dauphiné Libéré du 09/12/2016) a donné raison à une dame diagnostiquée électrosensible et les compteurs installés malgré son opposition ont dus être désinstallés de chez elle.

En février 2018, les résidents d’un immeuble de Villeneuve-sur-Lot ont obtenus eux-aussi la repose de leur ancien compteur, alors qu’ils avaient voté en assemblée générale le refus de Linky (La Dépêche du 26/02/2018).

 

A Marseillan, vous serez normalement averti par un courrier d’ENEDIS lorsque viendra le moment du changement de votre compteur. Vous n’aurez pas à être présent-e et ENEDIS ne vous fixera pas de rendez-vous, sauf si votre compteur est inaccessible depuis la rue.

Un refus oral au technicien, si vous voulez vous y opposer, ne suffira pas. Vous devez, dès réception du courrier d’ENEDIS, envoyer par retour une lettre recommandée avec accusé de réception à la société indiquant et motivant votre refus.

Voici ci-dessous deux liens proposant des modèles de lettres. Il en existe beaucoup d’autres :

https://blogs.mediapart.fr/charlotte-renault/blog/220118/lettre-de-refus-droit-opposable-enedis-du-le-compteur-linky-et-nouvelles-cgv-0

https://yonnelautre.fr/spip.php?article10578

 

Pour en savoir plus, voici deux liens assez intéressants de notre point de vue :

https://www.fournisseurs-electricite.com/guides/compteur/linky/refuser

https://www.capital.fr/economie-politique/peut-on-refuser-la-pose-dun-compteur-linky-1272309