Au-delà du luxe.

 

La « Baraquette », vous connaissez ?

C’est un terrain qui longe la route de Mèze et qui se prolonge en descendant vers le parc de Tabarka, les terrains de tennis et les mas conchylicoles, sur un peu plus de 6 hectares.

La « Baraquette » est donc idéalement située, puisqu’elle domine l’Etang de Thau et se trouve à moins de 5mn à pied du centre-ville.

Logiquement, cet espace stratégique avait été choisi par la municipalité en 2007 pour y construire des logements pour les Marseillanais. Un organisme public aurait acquis les parcelles, les aurait viabilisées et revendues aux Marseillanais primo-accédants à prix coûtant, pour ainsi leur permettre d’y édifier la maison de leur choix, selon le principe d’une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté).

En 2008, Yves Michel est élu. Il commence par geler le projet de ZAC de l’ancienne municipalité sur cet espace, puis déclasse le terrain pour le réserver uniquement au tourisme. En précisant que les 6 hectares devront faire l’objet d’un aménagement global par un seul et unique promoteur privé.

De fait, les habitants sont exclus du projet, pour y bâtir une résidence principale comme une résidence secondaire.

 

Un promoteur se manifeste

Le promoteur Miguel Espada se porte alors candidat pour acheter le terrain, qui appartient à un particulier. Or ce promoteur éprouve des difficultés à se rendre propriétaire. Qu’à cela ne tienne ! Ce n’est pas pour décourager Yves Michel, qui tient par-dessus tout à ce qu’un projet touristique d’importance voit le jour sur Marseillan.

 

Yves Michel fait tout pour que le projet se réalise

Yves Michel prend alors son bâton de pèlerin et va démarcher les collectivités locales, dont l’Etablissement Public Foncier du Languedoc Roussillon (EPFLR), organisme qui dépend de la Région et dont le rôle est d’acquérir et d'aménager des terrains ayant un intérêt stratégique.

Voici ce que le maire propose à l’EPFLR : sous un délai de 3 ans, cet organisme se chargera d’acheter les terrains, s’occupera de la requalification foncière, puis les revendra au promoteur par l’intermédiaire de la commune, dès lors que le maire aura trouvé un acheteur.

En clair, Yves Michel a sollicité les services de la Région pour faciliter la réussite d’un projet touristique de luxe, et pour ce faire il était de plus prêt à mettre en gage les finances de la commune !

Certain du bien-fondé de son affaire, le maire n’attend même pas l’avis de la commission de l’EPFLR chargée d’étudier l’opportunité de l’achat de la Baraquette par la Région. Il programme donc au Conseil municipal du 22 mars 2016 un point de l’ordre du jour faisant valider une convention entre l’EPFLR et la commune.

Et là boum ! Le maire est averti le jour du Conseil que la commission a rendu un avis négatif. En catastrophe, Yves Michel annonce le soir même en séance que la convention est retirée de l’ordre du jour, sous prétexte « de documents supplémentaires à fournir à l’EPFLR ». Cette convention, inutile de vous le dire, ne sera plus jamais proposée au vote des conseillers municipaux ….

 

Miguel Espada, le promoteur, ne renonce pas à son projet après cet épisode rocambolesque ; grâce à l’apport de financiers privés, il parvient à réunir la somme nécessaire pour acquérir le terrain dans le but d’y construire un complexe touristique de grand luxe, comprenant 45 villas, 55 appartements, 4 immenses maisons et un hôtel de 40 chambres, plus des commerces !

 

Yves Michel fait la promotion de l’opération Baraquette

Commence alors un battage médiatique organisé par le promoteur autour du projet, jusqu’à Midi libre qui célèbre en une la création « de l’un des plus importants projets immobiliers grand standing de l’ex-Languedoc-Roussillon » à Marseillan (Edition du 6/11/2016). Dans l’article qui est consacré au projet, Miguel Espada annonce des investissements faramineux sur la commune et déclare que, pour mieux attirer une clientèle étrangère et riche, il aurait acheté les services du leader mondial de la vente de prestige pour ses villas

Les futures constructions sont vendues sur plan entre 400 000 euros (pour un appartement de 70 m²) et 4 millions d’euros (pour les villas de 740m²), selon l’article du Midi Libre. Inutile de dire qu’elles sont inaccessibles pour la plupart d’entre-nous … Mais rien n’est trop cher pour transformer Marseillan en destination de luxe, selon la volonté de notre maire, qui dit par ailleurs tout le bien qu’il pense de l’opération Baraquette : « Quand l’entrepreneur a présenté son nouveau projet de complexe touristique, nous y avons tout de suite adhéré » (Midi libre du 6/11/2016). Et notre maire de faire miroiter des retombées extraordinaires pour la commune « Les revenus de la taxe de séjour doivent permettre de doubler le budget annuel de l’Office de tourisme pour le ramener autour de 700 000 euros ».

Yves Michel n’hésite pas non plus à tremper sa plume dans l’encrier pour écrire un petit mot dans la plaquette publicitaire de La Baraquette : « Cet important projet d’aménagement éco-touristique porté par Propriétés&Co est structurant pour la commune, et donc soutenu avec enthousiasme par la population. YVES MICHEL MAIRE DE MARSEILLAN ».

 

Pub YM Baraquette

 

Texte issu de la plaquette publicitaire de La Baraquette

 

 

Moment de bonheur pour Yves Michel, qui voyait ainsi se concrétiser une de ses promesses de campagne : « Développement de l’hébergement touristique au secteur de la Baraquette et d’un hôtel de standing, générant plus de 180 emplois directs et indirects et des retombées fiscales pour la commune de 500 000€ par an » (Projet municipal 2014-2020, page 9).

 

programme baraquette

 

Extrait des promesses de campagne d'Yves Michel 

Youpi ! Le chômage sur Marseillan allait connaître un coup d’arrêt, et les finances de la ville allaient d’un seul coup se trouver revigorées grâce à la manne touristique de La Baraquette !

 

La suite sera moins rose … Il y a le rêve, mais il y a aussi la réalité.

 

Du rêve à la réalité

« Depuis plusieurs mois déjà, les grues, les camions toupie et les ouvriers ont investi le chantier de construction. Il est prévu que la première tranche « vendue à près de 100% » soit livrée au tout début de l’année 2019 » annonçait Midi Libre en 2016.

Un an après, allons faire un tour sur le site :

La phase 1 du projet comprenait sur le papier 24 appartements dans 2 immeubles en R+2 et 26 villas, plus 4 villas de luxe, celles de 740m². C’est cette phase qui, logiquement, devrait sortir de terre en premier.

Que voit-on sur le chantier actuellement ?

Aucune trace des fondations des immeubles et des garages enterrés, aucune trace des déblais sous les voies intérieures pour y placer les réservoirs nécessaires à la collecte des eaux de pluie (3000m3) imposés par la DREAL, aucune viabilisation des terrains.

On trouve seulement huit planchers de villas et l’élévation de quelques murs. Aucun travail de gros-œuvre d’une seule villa n’est terminé.

 

Y aurait-il déficit d’acheteurs ?

En effet, sur le site Internet du promoteur, les conditions pour se rendre acquéreur d’un bien à La Baraquette sont précisées. Le paiement de votre bien se fait à l’avance et dépend de l’avancement des travaux :

-          5% En dépôt de garantie,

-          29% à la signature du contrat,

-          35% à l’achèvement des fondations et du plancher bas RDC,

-          16,61% à la mise hors d’eau et à l’achèvement des menuiseries extérieures,

-          6,39% à la pose des cloisons,

-          5% à l’achèvement de la maison,

-          5% à la remise des clés.

Ce système permet au promoteur de ne pas faire l’avance, mais le rend tributaire des préventes. Doit-on considérer que si 8 planchers ont été coulés, que seulement 8 acheteurs se sont manifestés sur un programme comportant 54 logements ?

Pourtant le promoteur déclarait fièrement que « près de 100% de la première tranche avait été vendue » un an plus tôt. Les acheteurs, si jamais ils ont un jour existé, se sont-ils tous rétractés ? Sinon logiquement leur argent aurait servi à financer au moins les planchers, et on aurait dû voir sur site au moins 50 commencements de réalisation de logements, pas 8 !

Un autre élément troublant : une des 4 villas d’hyper luxe est vendue 3 875 995 euros …. Sur le Bon Coin !!!!

 

villa baraquette

 

Capture d'écran de la villa

 

https://www.leboncoin.fr/ventes_immobilieres/1183630199.htm?ca=13_s

Nous ne connaissons pas les habitudes des milliardaires, mais vendre une maison à près de 4 millions HT sur le Bon Coin nous paraît disons … Surprenant !

 

Se rajoute à cela un problème administratif :

Le dossier de déclaration « loi sur l’eau » (obligatoire vu la surface à urbaniser) est devenu caduc fin septembre 2017. Le récépissé de dépôt de ce dossier de la Baraquette date du 3/09/2014. Sa validité est de 3 ans.

C’est-à-dire que les travaux de l’assainissement pluvial auraient déjà du être terminés. Or ce n’est pas le cas. Miguel Espada a-t-il fait une demande de prorogation du délai auprès du Préfet ? Nous ne le savons pas.

 

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet « Baraquette », tant vanté par le maire, semble être au point mort …

 

Et notre maire justement dans tout ça ? Il en pense quoi ?

 

La Baraquette ? Connais pas !!!

Yves Michel, qui avait sorti tambour et trompette pour annoncer la mise en chantier de la Baraquette, s’est fait depuis quelques temps beaucoup plus discret à ce sujet. Au point d’en devenir muet. Ainsi, le représentant du comité de quartier N°1 s’est étonné publiquement de ne disposer d’aucune information sur le dossier, malgré ses demandes. Nous le citons :

« Projet immobilier La Baraquette : Où en est le projet du promoteur ? Pour l’instant 2 ou 3 maisons en chantier et apparemment pas d’installation de réseaux. Vous nous aviez indiqué que s’agissant d’un projet totalement privé, vous n’aviez pas à intervenir.

Toutefois, vu la taille du projet, nous souhaiterions savoir si les délais annoncés sont toujours d’actualité ».

Réponse en substance du maire :

« Après avoir répondu aux questions sur les projets publics de la ville, vous me demandez des éclaircissements sur les projets privés, que je ne maîtrise bien sûr pas, pour des raisons aisément compréhensibles. Imaginez : vous obtenez un permis de construire, et tous les jours quelqu’un passe devant chez vous pour vous demander qu’est-ce que vous allez faire, quand est-ce que ce sera fini etc. Au bout d’un moment vous répondez : « Je fais ce que je veux de mon argent, du moment que ma construction est légale ». J’invite donc les curieux à téléphoner directement aux promoteurs ».

En clair : « C’est du privé, je n’ai rien à voir avec ce projet ».

La même excuse que pour Promeo (voir nos précédents articles).

Sauf que, faut-il le répéter ?

  • C’est Yves Michel qui a fait déclasser la zone de la Baraquette, pour la reclasser ensuite en zone VNAt du          POS, pour la rendre constructible uniquement pour des projets touristiques.
  • C’est Yves Michel qui a maintenu ce classement lors du passage du POS en PLU.
  • C’est Yves Michel qui a imposé un seul et unique aménageur sur cette zone.
  • C’est Yves Michel qui a poussé par tous les moyens possibles le projet de Miguel Espada, en tentant d’obtenir en vain l’avance financière de l’EPFLR.
  • C’est Yves Michel qui s’est répandu dans tous les media sur les « bénéfices » de ce projet.
  • C’est Yves Michel qui a fait du projet de la Baraquette un de ses objectifs de mandat 2014-2020.

 

Nous, à sa place, pour toutes ces raisons, et comme vous certainement, nous nous serions inquiétés du calendrier des travaux. Nous aurions appelé le promoteur, au moins pour savoir pourquoi les constructions n’avancent pas. Yves Michel, officiellement, non. Nous sommes priés de le croire.

Et tant bien même, lorsque les comités de quartier l’ont interrogé par mail ou par courrier, qu’est-ce que cela lui coûtait de demander ces renseignements au promoteur ? Visiblement, il a du avoir peur de le déranger et de lui faire rater des ventes …

Nous aurions aimé que les membres des comités de quartier reçoivent davantage de considération, comme par ailleurs l’ensemble des Marseillanais, sur ce qui était visiblement conçu par le maire comme un projet phare du développement économique de la ville.

Faute de transparence sur ce dossier, nous sommes forcés à penser que des choses nous sont cachées à dessein …

Mais comme nous, nous aimons par-dessus tout les débats, nous sommes prêts à publier les réponses du promoteur ou du maire, qui ne manqueront pas de nous éclairer !