Signe de la sensibilité des Marseillanais à la conservation de notre patrimoine, le projet du groupe Promeo sur le port de la ville a largement été commenté lors de la plénière des comités de quartier 1, 2 et 3 de ce mardi 14 novembre.

Comme chaque année, les comités de quartier sont invités à exposer le fruit de leur travail lors d’une assemblée publique annuelle, en présence de Monsieur le Maire.

 

Intervention de Bruno Pagnard :

Monsieur Bruno Pagnard, rapporteur du comité de quartier N°1 (le centre-ville jusqu’au port rive gauche NDLR) a fait part de l’inquiétude, au nom des représentants de ce quartier, de voir s’ériger un groupe d’immeubles sur la rive droite (en l’occurrence le projet Promeo).

Nous reproduisons une partie de son texte, avec son aimable autorisation

« Pour ceux qui ne me connaissent pas, je m’appelle Bruno Pagnard, descendant de la famille Voisin de Marseillan.

J’ai été désigné par les membres du CDQ1 [Comité de Quartier N°1 NDLR] pour présenter leurs travaux.

[…]

Avant d’entrer dans les questions, les membres du CDQ1 tiennent à préciser qu’ils considèrent indispensable pour Marseillan de créer des logements pour les Marseillanais. C’est une nécessité bien sûr de construire des logements sociaux pour la population Marseillanaise qui en a le plus besoin. Egalement afin de répondre aux exigences de l’Etat. Là n’est pas les sujets de nos préoccupations.

Cet immense projet a été découvert par hasard, sous un porche de hangar où est affiché le Permis de construire, et sans qu’il n’y ait eu d’information préalable auprès des Marseillanais, et du Comité de Quartier.

Cela pose plusieurs questions qui nous semblent importantes :

Concernant les chais, le Comité de quartier demande depuis plusieurs années qu’ils puissent être réhabilités et mis en valeur pour le bien de tous et le profit de la commune.

Pourquoi ces chais majestueux qui retracent l’histoire viticole de Marseillan, ne sont-ils pas réhabilités, transformés, pour y faire des logements à taille humaine, des lieux de vie,  comme c’est le cas généralement dans  les communes  qui ont la chance d’hériter d’un patrimoine si exceptionnel ?

Concernant les logements de ce projet, la densité ne risque t-elle pas d’altérer la qualité de vie et de bien être des futurs résidents et par la même être générateur de nouveaux problèmes ?

Concernant le permis de construire que vous avez accordé, pourquoi ne comporte t-il pas les visuels d’insertion depuis le port rive gauche ? Ces éléments sont essentiels pour avoir une vision précise de l’emprise visuelle des immeubles de 16m depuis le port de Marseillan. Même si comme vous dites, ils ne seraient pas obligatoires, comment peut-on juger de l’impact de ce projet sans disposer de ces éléments visuels ?

Les membres du comité de quartier vous les ont demandés par courriel, sans succès.

Pourquoi la population Marseillanaise et tous ceux qui sont attachés à leur port emblématique n’ont ils pas ces informations visuelles à leur disposition ?

Dans tous les cas, nous considérons que le port historique de Marseillan et tout son secteur risque d’être dénaturé, de perdre une partie de son âme, de ce qui fait son attrait, de ce qui fait le plaisir d’y flâner.

Concernant l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), vous nous avez écrit que vous n’aviez pas l’obligation juridique de le consulter. Il semble néanmoins curieux, que pour un projet immobilier d’une telle taille et si proche du port (qui est un site « inscrit »), vous n’ayez pas consulté l’Architecte des Bâtiments de France, ne serait-ce que pour avoir son avis ?

S’agissant de l’information générale sur ce projet Promeo : n’aurait il pas été souhaitable, voire normal, que les Marseillanais aient été consultés, ou au minimum informés à l’avance, de ce gigantesque projet à deux pas de leur port ?

La question se pose aussi sur l’ensemble du quartier du port, y compris sur le devenir du secteur de la capitainerie.

Lors de la vente au promoteur d’une partie du terrain par la Municipalité, n’était il pas possible, Monsieur le Maire, à ce stade, d’imposer au promoteur des conditions permettant de garantir le caractère architectural du port, sa préservation visuelle, la densité plus humaine des logements, la réhabilitation et la valorisation des chais historiques ?

Peu à peu les gens découvrent ce projet :

Les habitants sont de plus en plus nombreux à exprimer leurs inquiétudes et ressentent un grand désarroi à voir ainsi dénaturer un site exceptionnel auxquels ils sont attachés.

Nombreux sont les Marseillanais qui demandent d’aménager ce projet, et ceci afin de mieux prendre en compte le respect du site et le respect de l’Humain.

Monsieur le Maire, les membres du CDQ1 portent vers vous ce message ».

 

Réponse d’Yves Michel :

« Après avoir répondu aux questions sur les projets publics de la ville, vous me demandez des éclaircissements sur les projets privés, que je ne maîtrise bien sûr pas, pour des raisons aisément compréhensibles. Imaginez : vous obtenez un permis de construire, et tous les jours quelqu’un passe devant chez vous pour vous demander qu’est-ce que vous allez faire, quand est-ce que ce sera fini etc. Au bout d’un moment vous répondez : « Je fais ce que je veux de mon argent, du moment que ma construction est légale ». J’invite donc les curieux à téléphoner directement aux promoteurs.

Les permis de construire qui ont été délivrés sur la ville sont tous légaux, en ce sens qu’ils respectent tous le droit de l’urbanisme en vigueur. Il y a la loi, en-dessous de la loi il y a le SCoT, et encore au-dessous il y a le PLU (1). Je ne fais donc, au travers du PLU de Marseillan, qu’appliquer la loi.

Et la loi dit que le permis déposé par Promeo est valable.

Donc je ne peux pas m’y opposer. Certains pourront dire « Pourquoi autant de logements, et pourquoi des logements sociaux ? » Parce que nous ne pouvons plus nous permettre de consommer autant d’espace qu’autrefois, et parce que la loi nous impose d’avoir 25% de logements sociaux sur Marseillan alors que nous n’en avons que 7%. Le projet de Promeo comporte une part de logements sociaux. La ville n’a plus la main sur des projets comportant une part de logements sociaux, puisque nous sommes en situation de carence (2) ».

 

 

Intervention de David Sauvade (pour Marseillan J’en Pince) :

« Tu aurais pu tenir ce discours lorsque le POS s’appliquait sur la ville. Les règlements du POS avaient été édictés bien avant ton élection et tu aurais dû t’y conformer, même si ça ne te plaisait pas. Or c’est toi-même, avec le PLU, qui a défini les règles des constructions nouvelles sur la zone du port depuis cette année. Auparavant, avec le POS, la hauteur maximum des constructions autorisées était de 13 mètres. Maintenant, avec le PLU, il n’y a plus de limite de hauteur, sous réserve que les chéneaux soient à 12,5 mètres.

Tu t’abrites derrière le promoteur, la loi et le SCoT, mais le règlement des zones du PLU est de ta seule responsabilité !

Tu nous expliques que, malgré cela, tu as été obligé de respecter la loi et que par conséquent tu as été obligé de signer le permis de construire de Promeo.

Sauf que rien ne t’obligeait alors de céder les 1540 m² de chais appartenant à la commune sur ce site de 8300 m². Tu aurais pu négocier avec Promeo, leur demander de ne pas monter au-dessus des bâtiments existants et de respecter l’architecture et le patrimoine de la zone. Tu en avais la possibilité mais tu n’en as rien fait.

Le projet Promeo n’a pu être accepté que parce que tu l’as bien voulu ; les promoteurs ont désormais les mains libres pour faire ce qu’ils veulent, là où ils le veulent, et nous en avons des exemples avec l’ancien hôpital et l’immeuble en entrée de ville.

Tout ça parce que tu n’as pas défini non plus de charte urbanistique, pour que les projets s’intègrent à l’environnement. Il n’est pas trop tard, nous pouvons travailler ensemble à l’élaboration d’une telle charte, pour veiller à ce que les projets futurs respectent nos traditions patrimoniales ».

 

Réponse d’Yves Michel :

« Le PLU a été soumis à enquête publique. Tout le monde avait la possibilité de faire des remarques sur le règlement de la zone. Il fallait à ce moment-là objecter sur les hauteurs autorisées. Je te rappelle qu’il existe déjà une liste de recommandations urbanistiques annexée au PLU, et Promeo les a toutes respectées. Pour toi, le projet Promeo ne s’insère pas dans la zone. Il a cependant été conçu par un cabinet d’architecte du sud, renommé pour avoir travaillé sur des projets novateurs, comme le musée de Marseille [doit-on comprendre : le MUCEM ? NDLR] qui participe au renom de la ville. Tu rejettes actuellement ce projet. Mais peut-être demain tu changeras d’avis. Ça a été le cas au début pour la Pyramide du Louvre ; le projet a subi au départ de nombreuses critiques, mais maintenant tout le monde s’accorde à trouver cela formidable » (3).

 

 

Intervention de Patrice Bettoni (commerçant) :

« Il est invraisemblable que des projets d’une telle ampleur soient cachés aux Marseillanais ! Comment se fait-il que vous n’en ayez pas informé nos concitoyens dans le journal municipal ? Tout est fait pour que les promoteurs fassent du bénéfice ! ».

Réponse d’Yves Michel :

« Vous aussi dans votre commerce vous vendez pour faire du bénéfice, vous ne pouvez pas le reprocher à Promeo ».

 

Le temps des questions-réponses ayant été limité à 15 minutes par décision du maire, la séance a été levée sur ces entrefaites. Mais dans les rues, le temps de discussion ne sera pas limité à 1 quart d’heures semble t-il …

 

 

 

(1)    Le SCoT c’est le Schéma de Cohérence Territoriale. Il fixe, à l’échelle de notre Communauté d’Agglomération, les axes de développement urbanistique. Ce n’est pas le SCoT qui détermine le style des maisons de Marseillan, ni leur hauteur !!!

 

(2)    Depuis 5 ans environ, le Préfet a porté un constat de carence de logements sociaux sur Marseillan. Cela signifie en clair qu’il a retiré au maire son droit de préemption urbaine pour la construction de logements sociaux, assorti d’une amende de 100 000 euros par an, tant que le taux de logements sociaux ne sera pas remonté. Le Préfet a aussi imposé la présence de logements sociaux sur le port, alors qu’initialement Yves Michel voulait réserver le front d’étang aux « riches ». Cependant, contrairement à ce que laisse entendre le maire, un projet immobilier comportant du logement social n’échappe pas aux règles du PLU de la ville, et le permis est instruit normalement par les services de la ville, comme pour un projet ne comportant pas de logements sociaux.

 

(3)    Il nous aurait été impossible de comparer la pyramide du Louvre et le projet Promeo sans nous écrouler de rire. Le Maire l’a fait, lui, tout en gardant son sérieux. Belle performance !